Rétrospective de Zao Wou Ki à Martigny

Récemment – bon ok, il y a quelques mois – je suis allé voir à Martigny les oeuvres de Zao Wou Ki. Voici mon compte rendu de cette visite.

Zao Wou Ki a beaucoup donné dans l’abstraction lyrique, terme que je ne connaissais pas avant l’exposition et je dois dire qu’on ne peut pas trouver de terme plus juste, car j’ai vraiment eu l’impression de me trouver devant des musiques matérialisées en images en contemplant ses toiles. J’ai beaucoup d’admiration pour ce travail qui est à mes yeux – sans vouloir faire trop pompeux (mais un peu quand même) – la quintessence de l’art. Car il ne s’agit ici plus que de ressentir, de se laisser aspirer par ces toiles, d’oublier ce que l’on sait pour s’abandonner à quelque chose de bien plus profond, d’universel.

On pourrait penser qu’il est facile de prendre des grandes toiles et de faire des tâches de couleurs, mais pour ma part, je trouve que ça peut être au contraire la chose la plus difficile à faire. Déjà, à quel moment s’arrêter? Ensuite, comment y insuffler de l’émotion? Comment développer une composition sans pour autant que cela paraisse réfléchi? Je pense que ce qui est particulier chez ce peintre, c’est son bagage culturel chinois, en particulier l’art de la calligraphie et celui de la représentation de paysages, qu’on retrouve peut-être de façon involontaire dans ces toiles. Certaines abstractions semblent avoir une perspective, d’autres comme une ligne d’horizon. On ne peut s’empêcher de voir du concret dans l’abstrait, c’est dans notre nature humaine. Mais c’est surtout dans la composition qu’on ressent ce lien avec la peinture de paysage. Sa propre sensibilité et ce qu’il a acquis tout au long de sa carrière de peintre se retrouve dans ces toiles abstraites. Ce rapport spirituel avec la nature, on le ressent du fond des tripes.

Il y avait un piano couvert dans la salle d’exposition. Interpréter ces oeuvres au piano aurait été un trip d’enfer, mais bon j’avais pas encore bu pour pouvoir oser le faire (ce qui est étonnant puisqu’on était dans une ville qu’il s’appelle Martigny). En partant je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la réalité virtuelle, à imaginer une sorte d’application permettant de pouvoir s’immerger dans ces peintures en mouvement, le tout en accord avec des musiques. Au départ, je me disais que ça pouvait être quelque chose de génial, puis en réfléchissant un peu plus, je réalisais que c’était totalement incohérent. Sur leurs supports pourtant bien fixes, les couleurs et les textures de ces oeuvres s’entremêlent, dansent, bougent et nous emportent déjà. Alors à quoi bon les réduire à une soupe numérique animée qui, une fois encore, couperait court à notre imagination. Cela n’aurait plus de sens!

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